
La Magnum Gallery à Paris fait revivre jusqu’au 26 avril, à travers une exposition photographique, l’œuvre du Sud-africain connu pour avoir été l’un des premiers à braquer son objectif sur les manifestations de l’apartheid.
À l’heure où les États-Unis de Donald Trump courtisent ouvertement les Afrikaners, leur offrant notamment l’asile, l’œuvre d’Ernest Cole résonne plus que jamais d’une actualité brûlante.
Le photographe sud-africain qui a documenté secrètement les horreurs du régime ségrégationniste dit de l’apartheid est depuis le 22 janvier à l’honneur à la Magnum Gallery. Ce haut lieu parisien de la culture met en avant, jusqu’au 26 avril, son travail à travers l’exposition « House of Bondage: Vintage Prints from the Ernest Cole Family Trust – Part II ».
Baptisée du nom du livre « House of Bondage » (La maison des servitudes), publié en 1967 par l’auteur, cette rétrospective, deuxième partie d’une série de trois organisées en collaboration avec la Goodman Gallery et le Ernest Cole Family Trust, explore les heures sombres de cette période située entre 1948 et 1991.
Une anatomie visuelle de l’oppression
Un moment documenté dans cet ouvrage photographique révolutionnaire ayant notamment servi de visuel puissant pour les campagnes antiapartheid ou de base de travail à d’autres photojournalistes.
Dans un souci de fidélité à la structure thématique de « House of Bondage » – ouvrage interdit à sa parution en Afrique du Sud –, chaque section de l’exposition évoque une dimension particulière de l’oppression quotidienne vécue par la population noire sud-africaine, d’après le compte-rendu du journal Le Point.
Le chapitre « For Whites Only » est ainsi consacré aux marqueurs visuels de la ségrégation, avec des panneaux indiquant des espaces réservés aux Blancs. « Police and Passes » aborde la dépossession systématique d’identité, à travers l’impact des lois sur les passes et des points de contrôle, où les Noirs devaient toujours porter des passbooks pour se déplacer.
De l’exil au témoignage posthume
La section nommée « The Mines » fait replonger dans le quotidien déshumanisant des mineurs. Réduits à l’état de simples corps exploitables, ceux-ci étaient notamment représentés nus lors d’examens médicaux humiliants.
Dans un contexte où le repli sur soi semble gagner les masses à travers le monde, « House of Bondage » revêt une résonance particulière. L’exposition rappelle, si besoin en était, la profondeur de l’abîme dans lequel l’humanité devrait éviter de retomber pour y avoir déjà été plongée une fois.
Pour Ernest Cole, décédé en 1990 après avoir été contraint à l’exil, il s’agit d’une reconnaissance. « Les expériences de ceux qu’il a photographiés nous rappellent une réalité qui n’est pas inconnue aujourd’hui« , témoigne le critique Athi Mongezeleli Joja dans Le Point, alors que 72 % des terres agricoles sont encore aux mains de fermiers blancs sud-africains, plus de 30 après la fin officielle de l’apartheid.
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