Marseille dit non à Ye

La venue du rappeur américain dans la cité phocéenne pour un concert suscite une vague d’indignation. En cause, ses multiples sorties antisémites dans le passé.

« Kanye West n’est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais ». Sur X, Benoît Payan, maire de Marseille, ne décolère pas de la venue prochaine de Kanye West dans la ville phocéenne.

L’artiste, désormais connu sous le nom de Ye, doit en effet se produire le 11 juin à l’Orange Vélodrome, stade emblématique où évolue l’Olympique de Marseille (OM), le club de football local.

Mais pour l’autorité municipale, il n’en est pas question. « Je refuse que Marseille soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé », a-t-il notamment tweeté en référence aux précédentes sorties polémiques de l’artiste.

Kanye West a en effet multiplié ces dernières années les déclarations et gestes à caractère néonazi, allant du port de t-shirts ornés de symboles SS et de croix gammées, aux propos ouvertement favorables à Adolf Hitler, et, plus récemment, la sortie d’un titre musical intitulé À Hitler, mis en ligne le 8 mai dernier, jour symbolique de la commémoration de la victoire sur le nazisme.

L’organisateur sous pression

« Avant de louer un espace à un artiste, il faut d’abord se renseigner sur qui il est », s’est indigné le président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) Marseille, Bruno Benjamin, pointant ce qu’il qualifie d’« erreur à l’origine ».

Face au tollé, l’agence Mars 360, organisatrice du concert a finalement rompu le silence. Dans une réponse adressée aux médias, elle a assuré qu’elle sera « particulièrement vigilante » et qu’elle a introduit des clauses spécifiques dans le contrat signé avec l’entourage du rappeur.

Des dispositions censées prévenir tout dérapage sur scène, toute déclaration haineuse ou tout geste à caractère antisémite. « Les propos tenus par l’artiste [dans] le passé suscitent une émotion légitime », a par ailleurs reconnu l’agence.

Un obstacle juridique réel

Pas sûr cependant que cela suffise à apaiser les tensions. Mais la question de l’interdiction pure et simple du concert se heurte à un cadre légal contraignant. En droit français, l’annulation d’un spectacle par les autorités publiques requiert la démonstration d’un risque avéré et sérieux de trouble à l’ordre public, une condition difficile à établir en amont.

Sur le plan politique, la polémique survient dans un contexte national particulièrement sensible. Les élections municipales pointent à l’horizon, et le scrutin s’annonce extrêmement serré. Mais malgré les clivages habituels, Bruno Benjamin constate un large consensus entre les candidats sur ce dossier précis.

Seule exception notable : Sébastien Delogu, candidat de La France Insoumise, dont le silence sur l’affaire a été explicitement relevé par le président du CRIF. « Sur le racisme et l’antisémitisme à Marseille, il y a toujours eu consensus », a-t-il souligné, avant d’affirmer qu’il mènerait désormais ce combat « du plus profond de lui-même » pour que la venue du rappeur soit définitivement annulée.

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