Les Grammy Awards ou la rébellion anti-Trump

La cérémonie a retrouvé cette année une tonalité politique, les artistes multipliant les prises de position contre le pouvoir fédéral, au moment où la répression migratoire continue de faire des victimes.

Les 68ᵉ Grammy Awards, organisés du dimanche 1er au lundi 2 février à Los Angeles, ont offert bien plus qu’une simple célébration musicale. Contrairement à l’édition précédente, où l’incertitude planait sur les réactions des stars, l’atmosphère affichait cette fois un ton ouvertement contestataire.

Dans la ligne de mire figurait notamment le président Donald Trump, dont la politique migratoire a déjà causé deux morts à Minneapolis, dans le Minnesota, suscitant des manifestations à travers le pays.

Parmi les temps forts de la soirée, l’intervention du rappeur portoricain Bad Bunny, lauréat du prestigieux trophée de l’album de l’année — une première historique pour un disque en espagnol — a particulièrement marqué les esprits.

« Avant de remercier Dieu, je veux dire ‘ICE dehors’ », a-t-il lancé, en référence directe à la police de l’immigration américaine. « Nous ne sommes pas des sauvages, ni des animaux, ni des étrangers : nous sommes humains, nous sommes Américains », a poursuivi l’artiste de 31 ans, tête d’affiche du prochain spectacle de la mi-temps du Super Bowl, prévu le 8 février.

Figure de proue d’une contestation latino

« Je ne sais pas qui il est. Je ne sais pas pourquoi ils font ça, c’est complètement fou », avait déclaré Donald Trump à propos ce choix, qui selon lui, « ne fait que semer la haine ». La prise de parole revêt une dimension particulière pour Bad Bunny, originaire de Porto Rico, ce territoire au statut colonial unique qui se trouve au cœur des tensions migratoires.

Il n’a toutefois pas été le seul à profiter de cette tribune pour faire passer un message. Sur le tapis rouge, plusieurs artistes arboraient des badges portant l’inscription « ICE Out ».

Billie Eilish, lauréate du trophée de la chanson de l’année, a également utilisé son temps de parole pour critiquer ICE, dans des termes suffisamment virulents pour nécessiter un bip à la télévision américaine.

« Personne n’est illégal sur une terre volée [aux natifs américains]. C’est vraiment difficile de savoir quoi dire et quoi faire en ce moment. Et pourtant, je ressens beaucoup d’espoir dans cette pièce. J’ai l’impression que nous devons continuer à nous battre, à nous exprimer et à manifester », a déclaré l’interprète de Wildflower.

Une mobilisation qui en rappelle une autre

La soirée a également été marquée par les déclarations de Trevor Noah, l’animateur de la cérémonie, qui a provoqué l’ire présidentielle en évoquant, à tort selon Trump, des liens entre le président et l’île d’Epstein

Le milieu artistique, historiquement proche du camp démocrate, semble renouer avec l’esprit de résistance qui avait déjà animé la scène culturelle durant le premier mandat de Trump. Selon Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, cet engagement traduit une responsabilité particulière.

« Je pense qu’elles (les stars) se verraient mal n’avoir aucune réaction parce que là maintenant c’est vraiment du statut de citoyen qu’il est question« , souligne-t-elle sur France 24. Toutefois, l’impact réel de ces prises de position sur l’opinion publique reste sujet à débat.

Les préoccupations économiques, notamment le pouvoir d’achat, demeurent les facteurs déterminants dans l’évolution de l’opinion publique américaine, bien au-delà de l’influence des célébrités.

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