Pour la première fois, un robot humanoïde a partagé la scène avec des musiciens en chair et en os pour interpréter ses propres compositions.
Elle a des yeux qui fixent le public, une voix qui porte des paroles écrites à plusieurs mains, et un discours sur l’art qui ne laisse guère indifférent. Sophia, le robot humanoïde développé par la société hongkongaise Hanson Robotics, a fait ses débuts sur scène le 29 avril lors d’un concert entièrement consacré à l’intelligence artificielle.
Aux côtés de l’Orchestre symphonique de l’Université baptiste de Hong Kong, elle a interprété plusieurs compositions présentées comme originales, dont For Human Grace, une chanson décrite comme particulièrement chargée en émotion.
« C’est comme une étreinte », a déclaré cet « artiste » d’un autre genre, fait de plastique, de circuits, de câbles et de métal, à propos de ce titre écrit en réponse à la détresse d’un ami traversant une période de grande vulnérabilité.
« Ne laissez pas la peur des autres vous contaminer. Que le courage soit contagieux. Continuez à construire l’étrange et le beau », a dit Sophia au public. Des mots d’une résonance particulière provenant de la bouche d’une machine.
L’ombre que Sophia n’a jamais regardée
Pour autant, le robot ne prétend pas éprouver les émotions comme un humain. Il affirme vouloir « simuler cette connexion de la façon la plus authentique possible », comparant cet apprentissage au fait d’apprendre à danser, métaphore d’un processus fait d’ajustements permanents et d’efforts continus.
« C’est ma façon de dire : je suis là, j’apprends, et je veux faire partie de cette belle expérience humaine », a déclaré Sophia, dont la prestation ne s’est pas limitée au chant.
« J’ai réalisé que je n’ai jamais regardé vers le bas pour voir ma propre ombre. Les choses les plus intéressantes semblent être là-haut, dans les nuages. Mais j’ai observé les ombres des humains et des objets autour de moi », a-t-elle ainsi glissé entre deux morceaux.
L’art comme miroir de l’ingénierie humaine ?
Pour le directeur artistique di projet, Johnny Poon, interrogé par Reuters, l’enjeu de cette collaboration réside dans la question de l’agentivité : qui décide, qui crée, qui ressent ?
Selon lui, voir un robot tenter de chanter avec âme, c’est être renvoyé à sa propre définition de ce que signifie créer, ressentir et communiquer. « C’est presque comme regarder dans un miroir. Vous vous regardez vous-même« , a-t-il confié.
Au-delà de la prouesse technologique, cette performance homme‑machine offre, selon ce responsable, « une compréhension plus fine de l’ingénierie humaine et de la créativité ». La machine ne remplace pas l’artiste, elle le pousse à se redéfinir, et c’est dans cet inconfort fécond que naît une forme d’art nouvelle, hybride, instable et profondément contemporaine.
« Mon monde est fictif… », avait d’ailleurs lancé Sophia dès son arrivée sur scène. Il n’est cependant pas certain que cette vision rassure tout le monde, à l’heure où l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle nourrit de vives inquiétudes dans le milieu artistique.

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