Après l’horreur, Gisèle Pélicot choisit la joie de vivre

De victime à symbole universel, l’héroïne du procès historique de Mazan raconte, dans un ouvrage poignant, son parcours d’amour, de désillusion et de renaissance après cette épreuve hors du commun.

Le 17 février paraîtra aux éditions Flammarion un ouvrage « aussi attendu que surprenant », selon les mots de Patrick Cohen, journaliste à France Télévisions. Signé par la journaliste et écrivaine Judith Perrignon, en collaboration avec Gisèle Pélicot, ce livre retrace le destin de cette femme victime du procès dit de Mazan.

Cette petite commune française est devenue tristement célèbre en 2024, après la révélation d’une affaire d’une cruauté inouïe : pendant neuf ans, Gisèle a été violée sous anxiolytiques par son mari Dominique, qui conviait ensuite des dizaines d’hommes, recrutés sur Internet, à abuser d’elle alors qu’elle était plongée dans un sommeil artificiel.

Au total, 51 prévenus ont été reconnus coupables et condamnés à l’issue d’un procès tenu entre septembre et décembre 2024, attirant l’attention du monde entier sur la victime. Contre l’avis de ses avocats, Gisèle Pélicot fait le choix audacieux de renoncer au huis clos.

Le refus de l’effacement

« Personne ne saurait ce qu’ils m’avaient fait. Pas un journaliste ne serait là pour écrire leurs noms en face de leurs crimes. Pas un inconnu ne viendrait les dévisager en se demandant à quoi on reconnaît un violeur parmi ses voisins et ses collègues, alors qu’il est manifestement si facile d’en recruter. Surtout, pas une femme ne pourrait entrer et s’asseoir dans la salle pour se sentir moins seule », confie-t-elle aujourd’hui dans des extraits publiés en exclusivité par Le Monde.

Cette décision, prise au nom d’un refus de s’effacer face à ses agresseurs, provoque la colère des avocats de la défense. Ce qu’elle endure pendant les quatre mois d’audience tient, selon ses mots, de l’humiliation. On l’accuse tour à tour d’être « suspecte », « consentante » ou encore « complice ».

Une avocate ose même suggérer que les mouvements de son bassin visible sur les vidéos étaient du « plaisir », alors qu’un expert médical avait formellement établi qu’il s’agissait de « réflexes de douleur ».

« À 73 ans, on peut encore aimer »

Gisèle Pélicot n’efface rien de son passé. Elle évoque « le grand amour vécu avec Dominique, les moments de bonheur partagés » et affirme : « Tout n’a pas été que mensonge ». Elle revient aussi sur une liaison avec un certain Didier, la jalousie de son époux, puis sur cette nouvelle histoire avec Jean-Loup, qui illumine sa vie actuelle.

Cette nouvelle histoire d’amour, elle la revendique comme une preuve que tout est possible. « À 73 ans, on peut encore aimer. Ça, c’est très important de le souligner« , indique-t-elle. Le titre du livre, Et la joie de vivre, incarne selon Judith Perrignon « une forme de résistance intérieure ». « C’est une façon de dire : ils ne nous prendront pas tout », explique la coautrice.

Aujourd’hui, Gisèle Pélicot ressent « trahison et indignation » envers son ex-mari, condamné à vingt ans de réclusion. Elle souhaite le confronter en prison, espérant obtenir des réponses, notamment au sujet de leur fille, Caroline Darian, qui soupçonne avoir elle aussi été droguée et violée.

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