« Musk » : le film qui dérange ?

Son principal distributeur, Universal Pictures, envisagerait de renoncer à la diffusion du documentaire consacré à Elon Musk, par crainte de représailles politiques, notamment de la part de l’administration Trump, alliée du milliardaire au cœur de l’œuvre.

Selon des révélations du Hollywood Reporter, « Musk », le film consacré à l’homme d’affaires éponyme, pourrait ne jamais voir le jour sous la houlette d’Universal Pictures, son distributeur mondial hors Amérique du Nord.

En cause : son caractère potentiellement explosif, dans un contexte décrit comme « politiquement sensible », à en croire deux sources au fait du dossier citées par le magazine. Projeté en avant-première plus tôt ce mois-ci au Festival du film de Toronto, après avoir reçu une ovation debout au Festival de Venise, ce documentaire de quatre heures prend la forme d’un biopic.

Il retrace le parcours d’Elon Musk, de ses débuts d’entrepreneur dans la Silicon Valley, lui qui est originaire d’Afrique du Sud, jusqu’à son engagement politique, dont son soutien à l’élection présidentielle de 2024 a constitué le point d’orgue.

Pour le réalisateur Alex Gibney, connu pour ses enquêtes sur Enron, Elizabeth Holmes ou la scientologie, et cité par NBC News, il s’agit d’explorer comment un seul homme a pu accumuler autant d’influence dans le monde.

Une plongée vertigineuse dans la vie de Musk

Le long métrage aborde ainsi de nombreux sujets, de l’enfance sud-africaine de Musk à son rachat de Twitter — depuis rebaptisé X — en 2022, sans oublier la proximité de l’intéressé avec le président Donald Trump.

À travers ce documentaire, Alex Gibney tente de démontrer en quoi le cas d’Elon Musk s’apparente à une forme de corruption au nom d’une noble cause. En d’autres termes, celui d’un homme pour qui « la fin justifie les moyens ».

Au grand dam du patron de Tesla, qui dénonce une œuvre à charge et ennuyeuse. Il accuse le réalisateur de diffamation, alors que le film évoque aussi la possibilité que l’administration Trump manipule les élections de mi-mandat prévues en novembre prochain, grâce aux données de citoyens américains auxquelles l’ex-Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) aurait eu accès sous la direction de Musk.

Universal sur une ligne de crête

« Il me semble assez clair que Trump est déterminé à corrompre les élections de mi-mandat. Si vous vouliez corrompre ces élections de mi-mandat en utilisant l’IA, il vous suffirait d’obtenir des informations détaillées sur les citoyens américains. Et ce que le DOGE a fait ressemblait précisément à ce que vous feriez », affirme ainsi le prix Nobel de physique, Geoffrey Hinton, présenté comme l’un des « pères de l’intelligence artificielle », dans un passage.

Des accusations embarrassantes pour l’administration fédérale, qui expliqueraient la crainte d’Universal de subir des représailles en cas de sortie du film. D’autant que Comcast, la maison mère du groupe, fait l’objet d’une enquête de la Federal Communications Commission (FCC), dont le président, Brendan Carr, a déjà montré qu’il pouvait instrumentaliser le régulateur à des fins politiques.

En cas d’abandon du projet, Universal — qui a payé plusieurs millions pour acquérir les droits de distribution du film — devrait, selon le Hollywood Reporter, dédommager le réalisateur. Les producteurs récupéreraient également les droits et pourraient alors le diffuser ailleurs.

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