Science, foi et grandes questions : Louis Dubertret explore ce qui fait de nous des humains

Qu’est-ce qui fait réellement de nous des humains ? Sommes-nous seulement le résultat de mécanismes biologiques ou faut-il chercher ailleurs une partie du sens de notre existence ? Des questions dignes de la science-fiction ? Pas seulement. Dans Vivre, c’est rencontrer, le professeur Louis Dubertret, médecin et chercheur, s’aventure sur un territoire où science, philosophie et foi chrétienne se croisent. Avec une idée centrale : derrière notre cerveau, notre corps et notre histoire, ce sont peut-être avant tout nos rencontres qui nous définissent.

Des questions que la pop culture adore poser

Depuis des décennies, la science-fiction aime jouer avec une même frontière.

Jusqu’où peut-on expliquer l’être humain ?

Lorsqu’une intelligence artificielle éprouve des émotions, devient-elle une personne ? Une copie parfaite de notre cerveau serait-elle encore « nous » ? Que resterait-il de notre identité si nos souvenirs étaient modifiés ? Et la conscience se résume-t-elle véritablement à l’activité de quelques milliards de neurones ?

Derrière ces scénarios spectaculaires se cachent des interrogations très anciennes.

Louis Dubertret les aborde depuis un terrain radicalement différent. Pas de vaisseau spatial ni de monde dystopique dans Vivre, c’est rencontrer, mais l’expérience d’un médecin et chercheur qui confronte ce que la science nous apprend du vivant à des questions auxquelles elle ne peut pas nécessairement répondre.

Son livre se situe précisément à cette frontière.

Et si notre identité était d’abord construite par les autres ?

Le point de départ de Louis Dubertret pourrait presque constituer le concept d’un récit de science-fiction : peut-on vraiment définir un individu indépendamment de son environnement ?

Pour l’auteur, la réponse est largement négative.

Dès les premiers instants de la vie, l’environnement participe à notre développement. Puis viennent les parents, les proches, les expériences, les événements et toutes les personnes croisées au cours de notre existence.

Nous avançons ainsi « de rencontre en rencontre », et celles-ci participent à ce que nous devenons.

L’individu n’apparaît donc plus comme une entité totalement isolée.

Notre identité est aussi relationnelle.

Et Louis Dubertret pousse progressivement cette idée beaucoup plus loin.

La science peut-elle vraiment tout expliquer ?

C’est l’une des grandes obsessions de la pop culture contemporaine.

À mesure que les connaissances progressent, l’idée apparaît régulièrement qu’un jour la science pourrait tout expliquer : le cerveau, les émotions, la conscience et peut-être même l’amour.

Louis Dubertret adopte une position plus prudente.

Il connaît la puissance de la démarche scientifique, mais également ses frontières. Notre cerveau lui-même fonctionne dans certaines catégories, notamment celles de l’espace et du temps. Lorsqu’il tente de penser ce qui pourrait se situer au-delà, il se confronte à ses propres limites.

C’est ici que Vivre, c’est rencontrer change progressivement de registre.

Car lorsque la science ne peut plus apporter de démonstration, l’auteur ne considère pas nécessairement que la question devient inutile.

Elle devient philosophique.

Et parfois spirituelle.

Dieu n’est pas une équation à résoudre

Louis Dubertret aborde alors frontalement la question de Dieu.

Mais avec une précaution essentielle : son livre ne prétend pas apporter une preuve scientifique de son existence.

Au contraire.

Dans son raisonnement, si Dieu appartient à ce qu’il appelle le « Tout Autre », il ne peut pas être transformé en objet de laboratoire. La science peut analyser le monde observable ; elle ne dispose pas pour autant d’un protocole expérimental capable de trancher la question de Dieu.

La frontière est importante.

Vivre, c’est rencontrer n’utilise donc pas la science pour déclarer : « Dieu existe ».

Louis Dubertret pose une question beaucoup plus personnelle : si Dieu existe, comment l’être humain peut-il entrer en relation avec lui ?

La foi pensée comme une rencontre

C’est ici que le titre du livre prend une dimension supplémentaire.

Pour Louis Dubertret, la rencontre ne concerne pas uniquement nos relations humaines.

Elle constitue également le cœur de son approche du christianisme.

Dans la perspective qu’il développe, la foi chrétienne ne devrait pas être comprise seulement comme l’adhésion à une doctrine. Elle est d’abord vécue comme une rencontre avec Dieu, une rencontre qui ne peut être ni programmée ni imposée et dont l’expérience diffère nécessairement d’une personne à l’autre.

Et c’est là que son propos rejoint, de façon inattendue, certaines interrogations très présentes dans les imaginaires contemporains.

Car si une relation ne peut être authentique que lorsqu’elle est libre, peut-on encore parler d’amour lorsque celui-ci est imposé ?

Pour Louis Dubertret, la réponse est non.

Le libre arbitre, cette vieille obsession de la SF

Machines conscientes, clones, androïdes, réalités simulées : derrière une multitude de récits populaires revient toujours la même question.

Sommes-nous réellement libres ?

Cette question occupe également une place importante dans la réflexion religieuse de Louis Dubertret.

Si Dieu est amour, raisonne-t-il, l’être humain doit nécessairement conserver la possibilité d’accepter ou de refuser cette relation. Un amour obligatoire perdrait précisément ce qui fait de lui une relation d’amour.

Cette liberté intervient notamment dans sa manière d’aborder la Résurrection. Celle-ci est au cœur de la foi chrétienne, mais l’auteur ne la présente pas comme une démonstration scientifique qui obligerait rationnellement chacun à croire.

La foi conserve donc une part de confiance.

Et surtout une possibilité de refus.

Et si la nature était un gigantesque texte à décrypter ?

Autre idée intrigante de Vivre, c’est rencontrer : nous pourrions apprendre à « lire » la nature.

Pour un scientifique, cette lecture passe par l’observation, l’expérimentation et l’analyse.

Pour le croyant, Louis Dubertret propose une seconde possibilité : regarder cette même nature comme une Création.

Son document consacré aux questions religieuses évoque ainsi deux formes de lecture : celle des Écritures et celle de la nature.

Attention cependant : observer une cellule, une galaxie ou un écosystème ne permet pas, dans son raisonnement, de démontrer Dieu.

La science explique des mécanismes.

La question spirituelle porte sur autre chose.

Elle demande notamment si derrière ce que nous découvrons peut exister un sens.

Une distinction qui permet à Louis Dubertret de faire dialoguer les deux domaines sans les confondre.

Notre époque sait beaucoup de choses, mais sait-elle encore relier ?

Il existe enfin dans Vivre, c’est rencontrer une critique très contemporaine de notre rapport à la connaissance.

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant d’informations.

Pourtant, nos savoirs sont de plus en plus spécialisés.

Médecine, génétique, neurosciences, physique, psychologie : chaque discipline observe une partie toujours plus précise du réel.

Louis Dubertret pose alors une question : comment retrouver une vision d’ensemble ?

Le monde reste unique même lorsque nous avons besoin de dizaines de disciplines pour tenter de le comprendre.

Le même problème existe dans nos propres vies.

Nous séparons facilement travail, émotions, corps, relations, convictions et spiritualité.

Vivre, c’est rencontrer cherche au contraire les connexions.

Le vrai sujet du livre ? Peut-être l’amour

Après la science, le cerveau, Dieu, la foi ou la Création, Louis Dubertret finit par revenir à un mot presque désarmant de simplicité : aimer.

Mais que signifie réellement aimer ?

Dans son approche du christianisme, l’enjeu n’est pas simplement de respecter un catalogue de règles. Il s’agit de comprendre comment l’amour peut se traduire dans les comportements et dans la relation avec les autres.

C’est également ce qui explique son regard critique sur certaines dérives religieuses liées au pouvoir, au cléricalisme ou au repli communautaire : une pratique religieuse qui détruit la relation entrerait en contradiction avec le principe même qu’elle prétend défendre.

Et soudain, les interrogations scientifiques, philosophiques et religieuses du livre convergent.

Qu’est-ce qu’un être humain ?

Peut-il exister indépendamment des autres ?

Qu’est-ce que la liberté ?

Qu’est-ce que la conscience ?

Existe-t-il quelque chose au-delà de ce que nous sommes capables de mesurer ?

Et surtout : qu’est-ce qu’aimer ?

Un essai aux frontières de la science, de la philosophie et de la spiritualité

Vivre, c’est rencontrer n’est évidemment pas un ouvrage de pop culture.

Mais les questions posées par Louis Dubertret sont précisément celles dont la pop culture s’empare depuis longtemps pour construire ses univers les plus fascinants.

La différence tient au point de départ.

Ici, pas besoin d’imaginer une intelligence artificielle devenue consciente ou une humanité installée sur une autre planète.

Il suffit d’observer ce que nous sommes déjà.

Des êtres biologiques capables de conscience, de liberté, de relation, de confiance, de rejet et d’amour.

Louis Dubertret y ajoute une dernière possibilité : celle d’une rencontre avec Dieu.

Une hypothèse qui appartient à la foi et non à la démonstration scientifique, mais qui lui permet de pousser jusqu’au bout la question centrale de son livre.

Car derrière le scientifique, le médecin et le croyant revient toujours la même interrogation : sommes-nous vraiment nous-mêmes sans les autres ?

Pour Louis Dubertret, la réponse tient déjà dans son titre : Vivre, c’est rencontrer.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.