La maison d’édition l’Observatoire annonce la création d’un label censé garantir que les ouvrages qu’elle publie sont des œuvres humaines. Une façon de se prémunir contre l’irruption de l’intelligence artificielle dans ce secteur, à l’aune notamment de l’affaire Thélyson Orélien.
Des livres écrits à 100% par un humain. C’est ce que certifient désormais les Éditions de l’Observatoire. Face à la prolifération des outils d’intelligence artificielle et à leurs usages dans l’écriture des manuscrits, la maison fondée par Muriel Beyer a lancé un label « 100% humain ».
Baptisée Sanctuaire — nom inspiré du premier essai d’Abel Quentin, présenté comme un « manuel de résistance à « l’invasion de l’intelligence artificielle générative » dans le monde de la création —, cette mention se fonde avant tout sur la bonne foi des auteurs.
D’après Emma Saudin, directrice littéraire de la fiction au sein de la maison d’édition, citée par l’AFP, ces derniers s’engagent ainsi en amont, dans le cadre d’un « accord contraignant à ne pas recourir à l’IA dans la conception du livre ».
L’affaire Thélyson Orélien en toile de fond
« Si l’auteur n’accepte pas cet engagement, la maison d’édition ne publie pas son ouvrage », ajoute la responsable, qui dit croire « à la force de la relation de confiance entre l’auteur et l’éditeur ».
Sur les premières pages des livres labellisés — dont le premier est annoncé pour le 1er octobre — sera inscrit le message suivant : « Vous entrez ici dans un livre sanctuaire, fruit d’une intelligence humaine. Ainsi, fidèle à la conception de la littérature qui nous anime, l’auteur s’est engagé auprès de son éditrice, de ses lecteurs et lectrices, à ne pas utiliser d’IA générative dans la rumination, la composition et l’écriture de son ouvrage ».
Cette initiative intervient alors que le monde de l’édition reste stupéfait par l’onde de choc provoquée par l’affaire dite Thélyson Orélien, du nom de l’auteur canadien d’origine haïtienne, évincé le 25 septembre dernier de la liste des prétendants au Goncourt pour avoir « très probablement » écrit son livre « C’était ça ou mourir » à l’aide d’une intelligence artificielle.
Une boucle sans fin ?
Une accusation portée par un collectif anonyme, qui dit avoir passé le livre au crible de Pangram, un détecteur d’intelligence artificielle. Le hic, c’est que ces outils, qui reposent eux-mêmes sur l’IA, ne sont pas d’une fiabilité absolue.
D’aucuns estiment ainsi que faire d’un tel dispositif un juge revient à confondre une alarme incendie avec le rapport d’expertise sur l’origine du feu. Emma Saudin assure d’ailleurs ne pas vouloir y recourir afin « de ne pas alimenter la machine ».
D’où la pertinence de ce label « 100% humain ». Reste que la bonne foi de l’auteur n’est pas non plus de nature à lever le soupçon. La manière dont le jury du Goncourt a été pris de court par le cas de Thélyson Orélien en témoigne.
Par ailleurs, que vaudrait l’écriture humaine face à des machines de plus en plus performantes ? Le monde de l’édition ne devrait-il pas apprendre à apprivoiser l’IA plutôt que de lutter contre elle ?

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