L’artiste nigérian pourrait perdre la propriété des premiers titres de sa carrière en raison d’un différend entre labels. Une affaire aux enjeux potentiels de plusieurs millions de dollars.
À qui appartiennent les masters de Burna Boy ? Pour ceux qui ne le savent pas, ce terme désigne les enregistrements originaux et définitifs des morceaux d’un artiste. Autrement dit, son patrimoine musical. Car l’artiste peut être l’auteur d’un titre sans en détenir les masters.
C’est dire à quel point l’enjeu est crucial pour un chanteur. Burna Boy croyait posséder les droits sur ses enregistrements depuis leur rachat en 2024 à son ancien label, Aristokrat Records, au bénéfice de sa structure actuelle, Spaceship Music, codétenue avec sa mère.
Sauf qu’Aristokrat Records est revenu à la charge pour revendiquer les droits sur les morceaux concernés. En effet, le label appartenait à deux entités différentes au moment de la conclusion de l’accord.
C’est l’entité minoritaire (40% des parts), représentée par 960 Music, qui se dit désormais lésée par la transaction, à laquelle elle n’aurait pas été associée. Les investisseurs ont donc saisi un tribunal nigérian pour demander l’annulation de la vente.
Warner Music dans la ligne de mire
Une autre procédure judiciaire a parallèlement été engagée, par l’intermédiaire de l’unité spéciale de lutte contre la fraude du commandement de la police de Lagos, afin de faire engager des poursuites pénales contre le directeur général d’Aristokrat Records.
Alors que ces procédures suivent leur cours, 960 Music a adressé une requête à Warner Music, qui assure la distribution mondiale de Spaceship Music, pour demander la suspension immédiate de toute distribution, promotion, monétisation, concession de licences, synchronisation ou autre exploitation commerciale des œuvres concernées, dans l’attente d’une décision judiciaire au Nigeria.
Il s’agit, entre autres, des albums « Life », sorti en 2013, et « Redemption », sorti en 2016. Au-delà du risque de voir ces opus retirés des plateformes musicales, l’affaire — qui pourrait se terminer en procès — est une nouvelle illustration de la manière dont les intérêts peuvent s’entrechoquer autour de la carrière d’un artiste.
De très gros sous en jeu
En effet, le catalogue, qui ne valait qu’une modeste somme en 2013, par exemple, pourrait désormais valoir des centaines de millions de dollars au vu de la notoriété acquise entre-temps par le chanteur nigérian, lauréat d’un Grammy Award. Et cela aiguise forcément les appétits.
Cette situation n’est malheureusement pas propre à Burna Boy. Taylor Swift s’est battue pendant des années pour devenir propriétaire de ses masters. N’y parvenant pas, elle est retournée en studio pour réenregistrer l’intégralité de son catalogue à partir de zéro.
Même le légendaire Prince a, à un moment de sa carrière, remplacé son nom par un symbole imprononçable pour protester contre le label qui détenait ses enregistrements. Ce sont autant d’exemples qui traduisent la même réalité : celle d’un artiste qui ne comprenait pas ce que signifiait la propriété au moment de signer et qui ne l’a compris que lorsqu’il était trop tard.

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